Quand la maladie change le regard sur soi

À la suite d'une maladie, le corps change et il est parfois difficile de se le réapproprier. Il peut devenir étranger, porter les traces des épreuves traversées et ne plus correspondre à l'image que l'on avait de soi.

Depuis plusieurs années, j'accompagne des femmes à porter un regard plus doux sur elles-mêmes et à se découvrir autrement à travers mes séances MUSE – Thérapie par l'image.

Alors, lorsque des étudiants de l'ISEG Strasbourg m'ont invitée à participer à une conférence dans le cadre de leur action pour Octobre Rose, je n'ai pas hésité une seconde.

Octobre Rose : sensibiliser, mais aussi parler de reconstruction

Depuis plusieurs années, les étudiants de l'ISEG Strasbourg se mobilisent autour de causes qui leur tiennent à cœur.

En ce mois d'octobre, ils ont naturellement souhaité consacrer leur engagement à Octobre Rose, une campagne de sensibilisation au cancer du sein.

Mais au-delà de la prévention et de la maladie elle-même, ils souhaitaient également aborder une autre dimension : ce que le cancer change en nous, dans notre rapport au corps, à notre identité et dans la manière dont on se reconstruit après l'épreuve.

C'est dans ce contexte que je suis intervenue pour leur présenter la thérapie par l'image et expliquer comment une expérience photographique peut accompagner ce cheminement.

La thérapie par l'image : bien plus qu'une simple séance photo

Une séance photo n'est pas une baguette magique. Elle ne transforme pas le regard que l'on porte sur soi du jour au lendemain. En revanche, elle peut amorcer, de la plus belle des manières, un changement.

Les séances que je propose aux femmes ne sont pas de simples séances photographiques. Ce sont, pour moi, de véritables expériences.

Pourquoi ?

D'abord, parce que je vous accompagne avant, pendant et après la séance. Parce que nous prenons le temps.

Il ne s'agit pas de réaliser le plus grand nombre de photographies possible en trente minutes. En trente minutes, certaines femmes n'ont même pas encore eu le temps de se sentir suffisamment à l'aise devant l'objectif !

Ensuite, parce qu'il me tient à cœur de créer, pour chacune, un univers qui lui ressemble véritablement. Nous imaginons et construisons ensemble cette expérience, bien avant le jour de la séance. Ces échanges permettent aussi de tisser progressivement un lien de confiance, essentiel pour que vous puissiez vous sentir libres et à l'aise à mes côtés.

Et puis, avouons-le, s'accorder un moment uniquement pour soi, sans avoir à penser aux autres, fait parfois un bien fou.

Mais il y a aussi autre chose.

Passer devant l'objectif représente, pour certaines femmes, un véritable défi. Une sortie de leur zone de confort, et pas des moindres.

Accepter d'être regardée, oser prendre sa place, dépasser certaines appréhensions… Tout cela fait déjà partie du cheminement.

Bien sûr, les photographies, leur esthétique et le résultat final ont leur importance. Mais je suis convaincue que l'essentiel de ce qui se joue se trouve dans l'expérience elle-même.

C'est souvent bien avant de découvrir les images que quelque chose commence à bouger.

Le témoignage d'une combattante : deux cancers, un autre regard sur la vie

Pour cette conférence, j'avais également souhaité être accompagnée d'une amie, une véritable combattante, afin qu'elle puisse témoigner de son propre parcours.

Et qui mieux qu'une femme ayant elle-même traversé la maladie pouvait sensibiliser ces jeunes à l'importance de la prévention ?

D'autant plus que, dans son histoire, l'autopalpation lui a très certainement sauvé la vie. Deux fois.

À 32 ans, elle affronte un premier cancer du sein. Deux ans plus tard, un second cancer apparaît dans l'autre sein, totalement indépendant du premier.

Il en faut du courage, de la détermination et de la résilience pour traverser de telles épreuves.

Ces combats ont profondément transformé son regard sur la vie et ses priorités.

Prendre le temps de vivre, vraiment. Se débarrasser de ce qui coûte davantage d'énergie que cela n'en apporte. Savourer les moments simples, ceux auxquels on ne prête parfois plus suffisamment attention.

Et puis, à son tour, choisir de transmettre, de sensibiliser et d'apporter du soutien à d'autres femmes confrontées à la maladie.

Son témoignage a donné une dimension particulièrement humaine à cette rencontre, en rappelant que derrière les campagnes de prévention, les statistiques et les discours médicaux, il y a avant tout des histoires de vie.

Réapprendre à regarder son corps autrement

La thérapie par l'image peut être un formidable outil pour apprendre à regarder ses cicatrices autrement. Ou simplement pour apprendre à mieux vivre avec elles.

Après une maladie comme le cancer, le corps a parfois été extrêmement médicalisé. Examiné, manipulé, opéré, soigné. Il a pu devenir un lieu de douleurs, d'inquiétudes ou de transformations imposées.

La photographie peut alors offrir un autre espace. Un moment où ce corps n'est plus uniquement celui que l'on soigne ou que l'on surveille, mais celui que l'on habite, que l'on découvre et que l'on peut progressivement se réapproprier.

Mais apprendre à se regarder autrement n'est pas uniquement une question de maladie.

Les variations de poids, les séparations, la libération de liens parfois toxiques, la maternité ou encore le vieillissement sont autant d'expériences qui peuvent modifier la perception que nous avons de nous-mêmes.

Il arrive que l'on ne se reconnaisse plus tout à fait. Que l'on ait le sentiment d'avoir perdu une partie de soi en chemin.

Et parfois, on ressent simplement le besoin de se retrouver.

Et si l'essentiel était d'apprendre à se regarder avec plus de douceur ?

Ce que j'avais envie de transmettre à travers cette conférence, c'est que notre image raconte bien davantage que notre apparence.

Elle porte notre histoire, nos expériences, nos transformations et parfois les traces des combats que nous avons menés.

Nous ne choisissons pas toujours ce que la vie fait traverser à notre corps. Nous ne pouvons pas non plus effacer toutes les épreuves ni retrouver systématiquement celle que nous étions avant.

Mais peut-être pouvons-nous apprendre à accueillir celle que nous sommes devenues.

Et cela ne signifie pas nécessairement aimer chaque partie de son corps, chaque cicatrice ou chaque changement. Parfois, parvenir à se regarder avec un peu moins de sévérité est déjà un pas immense.

Parce que se réapproprier son image, ce n'est pas forcément chercher à retrouver celle que l'on était. C'est aussi apprendre à reconnaître et à faire une place à celle que l'on est aujourd'hui.

Je remercie chaleureusement les étudiants de l'ISEG Strasbourg pour leur invitation et leur engagement dans cette action Octobre Rose, ainsi que mon amie pour sa confiance, son témoignage et sa volonté de continuer à sensibiliser d'autres femmes.

Car au fond, que ce soit à travers une rencontre, une parole ou une photographie, c'est parfois un autre regard qui nous permet de commencer à changer le nôtre.

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