Femme discrète : faut-il parler plus fort pour prendre sa place ?
On remarque facilement celle qui entre dans une pièce et prend la parole sans hésiter. Celle qui raconte, qui rit fort, qui sait répondre du tac au tac. On dit souvent d’elle qu’elle a du caractère.
Et celle qui écoute avant de parler ? Celle qui préfère une conversation à deux à une grande tablée ? Celle qui ne ressent pas le besoin de donner son avis sur tout ?
On la dit « gentille ». « Sage ». Parfois « effacée ».
Comme si sa discrétion nous disait déjà quelque chose de sa force.
La discrétion n’est pas FORCÉMENT un manque de confiance
Certaines femmes aiment observer. Elles choisissent leurs mots, prennent le temps de réfléchir, ne cherchent pas à occuper tout l’espace. Elles peuvent être réservées et parfaitement sûres de leurs choix.
Une femme discrète peut savoir ce qu’elle veut. Dire non. Quitter une situation qui ne lui convient plus. Défendre quelqu’un. Tenir bon quand personne ne la regarde.
La force ne fait pas toujours de bruit.
Pourtant, il arrive qu’on encourage une femme réservée à « sortir de sa coquille », comme si sa manière d’être était une version inachevée d’elle-même. À force de l’entendre, elle peut finir par se demander si elle devrait devenir plus expansive pour être prise au sérieux.
Mais la question n’est peut-être pas : Comment devenir quelqu’un qui parle davantage ?
Elle serait plutôt : Est-ce que ma discrétion me ressemble, ou est-ce qu’elle m’empêche parfois de vivre comme je le souhaite ?
Quand se taire est un choix. Et quand cela n’en est plus un.
Il y a une différence entre ne pas avoir envie de parler et ne pas oser.
On peut choisir de garder une pensée pour soi parce qu’on n’a rien à ajouter, parce que le moment ne s’y prête pas ou parce qu’on préfère l’écrire plus tard.
Et puis il y a ces moments où l’on voudrait parler. Dire qu’on n’est pas d’accord. Demander quelque chose. Raconter ce qui nous a blessée. Mais les mots restent bloqués.
Alors on sourit. On dit « ce n’est pas grave ». On accepte un rendez-vous qui nous épuise, une tâche de plus, une remarque que l’on aurait aimé contredire.
Après coup, on rejoue la scène. On sait exactement ce qu’on aurait voulu dire. Et on s’en veut de ne pas l’avoir fait.
Dans ces moments-là, ce n’est pas la discrétion qui fait souffrir. C’est l’écart entre ce que l’on ressent et ce que l’on parvient à exprimer.
À quoi avons-nous appris à être attentives ?
Pour certaines femmes, parler peu est simplement naturel. Pour d’autres, la retenue a aussi une histoire.
Peut-être ont-elles souvent entendu qu’elles étaient « faciles à vivre ». Peut-être ont-elles compris très tôt qu’exprimer une colère créait des tensions, qu’un désaccord décevait, qu’un besoin risquait de déranger.
Être celle qui s’adapte peut alors devenir une place familière. Une place dans laquelle les autres se sentent bien, mais où l’on finit parfois par ne plus savoir ce que l’on veut soi-même.
Cela ne signifie pas qu’il faudrait chercher, derrière chaque femme calme, une peur cachée. Nous avons toutes des façons différentes d’être au monde. Mais si l’on se sent régulièrement invisible dans ses relations, ou si l’on a l’impression de devoir mériter sa place en ne demandant rien, cela vaut la peine de s’y arrêter.
Prendre sa place à sa manière
Prendre sa place ne consiste pas nécessairement à parler plus fort que les autres.
Cela peut commencer par une phrase toute simple :
« Je ne suis pas d’accord. »
« J’ai besoin d’y réfléchir. »
« Cette fois, je ne peux pas. »
« J’aimerais te dire quelque chose, même si ce n’est pas facile pour moi. »
On peut avoir la voix qui tremble et dire quelque chose d’important. On peut avoir besoin de temps, préparer ses mots, écrire avant de parler. On peut aimer le silence et refuser qu’il soit interprété comme un consentement.
Il ne s’agit pas de remplacer une personnalité par une autre. Il s’agit de pouvoir choisir : me taire lorsque j’en ai envie, parler lorsque j’en ai besoin.
Peut-être que la prochaine fois qu’une femme nous semblera discrète, nous pourrons résister à l’envie de décider ce que cela raconte d’elle.
Et si vous vous reconnaissez dans ces lignes, vous pouvez vous poser une question, sans vous juger : dans quelles situations mon silence me convient-il ? Et dans lesquelles aimerais-je avoir davantage de liberté pour parler ?
Il y a parfois tout un chemin entre les deux. Il n’exige pas que vous deveniez quelqu’un d’autre.
Aurélie Rhodier — Psychopraticienne à Colmar et en visioconférence. J’accompagne les femmes qui souhaitent mieux comprendre leur rapport à elles-mêmes et trouver une place qui leur ressemble.